mercredi 21 janvier 2009

OBAMA PRESIDENT










Dans un article paru en 1992, Serge Daney se demandait ce que pourrait être "le monde sauf l'Amérique". Il écrivait : "Il y a parfois, dans l’anti-américanisme français (le mien compris), quelque chose de ressentimental et de petit, eu regard à la générosité sans réserve que fut le spectacle américain, à ce potlatch d’images qui intrigua Bataille et qui préoccupe aujourd’hui les repreneurs japonais d’Hollywood (voir la perplexité de M. Morita devant les mœurs somptuaires de la Columbia). C’est qu’il reste en Amérique des traces de la mission d’« entretien » – au sens d’entertainment comme au sens de corvée ménagère – qui fut son lot. Cette mission, je la formulerai ainsi : le jour où les petits hommes verts – seuls « autres » dignes du rêve américain – répondront à l’appel de Spielberg, il n’y aura encore que des Américains pour savoir leur danser et leur chanter ce que c’est qu'un homo, sapiens, faber ou habilis."

À voir la passion qu'a suscitée l'intronisation de Barack Hussein Obama à Washington DC hier, l'Amérique est de retour sur les deux fronts : celui des affaires du monde, sans le cynisme et la brutalité de Bush et Cheney, et celui du symbolique et de l'imaginaire, avec, au premier rang, Seeger, Springsteen, Aretha Franklin, mais aussi, visibles dans la foule, quelques-uns de ceux qui vivent dans la plus grande pauvreté dans l'immédiate banlieue de la capitale fédérale et qui ont été invités à participer à la fête.


La présence d'Obama devant le Mémorial de Lincoln, je l'avais évoquée dans un message précédent comme étant une étape incontournable de son arrivée à la Maison-Blanche. À cela s'est ajoutée la longue avancée, à pied et en voiture, du nouveau président sur Pennsylvania Avenue, qui a permis de voir et d'entendre la foule dans un de ces moments où le temps s'arrête et où la joie d'être ensemble suffit à tous et à chacun.













Si Martin Scorsese est et restera celui qui, avec New York New York, nous fait connaître la ville avant même d'y être allé, Frank Capra est celui qui, avec Mr. Smith Goes To Washington, nous a pris par la main pour nous faire découvrir la capitale, conçue sur les plans d'un urbaniste français, Pierre Charles L'Enfant. Regardez Jimmy Stewart arrivant à Union Station, puis passant devant la Cour Suprême, le Congrès et le Lincoln Memorial. Maintenant rendez-vous aux National Archives, qui se trouvent sur Pennslyvania Avenue et qui sont ouvertes à tous, sans grande formalité. L'accès aux collections se fait désormais sur un autre site, à College Park (Maryland). Une navette vous prendra vers 8h30 le matin et vous y emmènera gratuitement. Après avoir descendu l'avenue, être passé près du Capitole, et avoir tourné à gauche, vous arriverez devant Union Station, la gare centrale de la capitale. Jusque-là, c'est le Washington monumental que vous avez vu. Quelques centaines de mètres plus loin, dans la montée vers un cimetière, soudainement, vous apercevez des taudis, des rues adjacentes désertes, des gens apparemment désœuvrés : cela, c'est la plus grande banlieue noire des États-Unis.

La situation des Africains-Américains ne va pas changer du jour au lendemain puisqu'elle est le résultat d'une histoire qui s'écrit sur la longue durée. Dans la crise que connaissent aujourd'hui, comme beaucoup d'autres pays, les États-Unis, il se trouve que le déclassement, le chômage, la misère n'épargneront personne. Que ce soit un président d'origine africaine-américaine qui soit désormais en charge de redresser une telle situation est sans doute la plus grande victoire pour ceux qui, il y a encore peu de temps, étaient victimes de lynchages. C'est cette espérance qui nous concerne tous, car elle revitalise ce que Lincoln avait rappelé à Gettysburg comme étant l'esprit universel des pères fondateurs, l'appel à une "nouvelle nation, conçue dans la liberté, et vouée à l’idée que tous les hommes sont créés égaux".

3 commentaires:

jean a dit…

Obama est il un spectacle ou une
vraie alternative

Zahra a dit…

"Enfin nègre !", par Marc-Edouard Nabe: http://marc.edouard.nabe.free.fr/enfin_negre_nabe.pdf

Anonyme a dit…

Obama est un symbole mais Obama est un homme. Le monde voit en lui l'artisan d'une nouvelle Amérique. La pression n'est-elle pas trop forte pour un seul homme nourrissant tant l'espoir des américains que celui des politiques de la planète?